Entre bateaux déplacés, suppression des relations ferroviaires et basculement du trafic sur un réseau de bus urbain « allégé », les galères risquent d’être au sommet…
En marge du sommet du G7 à Évian-les-Bains, la quiétude de cette petite ville subira un autre effet pervers : la réduction à peau de chagrin de sa desserte en transports publics. Et quand on connaît l’offre proposée normalement, des questions se posent.
Effectivement, du 11 juin minuit au 17 juin 20 heures, la commune d’Évian-les-Bains est mise sous cloche afin que les grands de ce monde puissent se voir dans un cadre idyllique au détriment des locaux qui vont subir moult péripéties : zones de sécurité nécessitant un « Pass G7 », restrictions de circulation, points de filtrage, espaces publics modifiés, …

Afin de garantir une sécurité maximale, la ligne ferroviaire entre Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains est suspendue, terminus des trains subsistants (car certains Annemasse – Thonon-les-Bains seront aussi supprimés) en gare de Thonon-les-Bains.
Et pour remplacer le train? Quelques cars TER ou utiliser la ligne 1 du réseau Éva’D (Réseau de bus d’Évian-les-Bains) qui est déjà souvent bien chargée mais qui en plus subit deux malus : réduction de l’offre afin de permettre de rallier l’embarcadère de Lugrin où la ligne N1 de la CGN a été déplacée, passage par deux checkpoints sécuritaires.
Au vu du réseau de bus d’Évian-les-Bains on pourrait se dire « pas de soucis, il y a la ligne 2 » mais celle-ci sera limitée à Vongy sur le territoire de Thonon-les-Bains et son parcours se voit complètement modifié. Créant ainsi une rupture de charge depuis la gare de Thonon-les-Bains et nécessitant une autre rupture de charge pour rejoindre les arrêts qu’elle dessert normalement dans le centre de la ville.

De plus, la préfecture de Haute-Savoie annonce déjà qu’il faut compter un temps supplémentaire sur les trajets routiers dû aux contrôles, or s’il y a des bouchons dû aux transports routiers individuels aux checkpoints, les bus y seront aussi soumis (les largeurs de voiries ne permettent pas la création de voies dédiées). Et soucis supplémentaires, les potentiels cortèges sécurisés coupant la circulation sur certains axes.
La gestion de ces événements « à la française » ou « à l’américaine », c’est-à-dire en faisant grand bruit de détails sensibles : zone rouge où se trouvent potentiellement les « cibles », points sensibles dévoilés en les restreignant, communication presque publicitaire et mise en avant des dispositifs de sécurité; n’aide pas à obtenir un accueil favorable des populations locales, créant une différenciation dans le traitement selon son « importance » *
Toutefois, pour les grands événements culturels ou sportifs, le réflexe existe ailleurs : renforcer les transports publics, inciter à leurs usages et à ceux des mobilités « douces ». Cela permet d’absorber les flux dans du « mass transit » évitant les effets de congestion induits par le trafic motorisé individuel. Mais dans ce contexte d’événement sécuritaire visible, l’offre et la facilité d’accès de ces modes face à la voiture deviennent une variable d’ajustement primaire. La limitation des checkpoints et leurs possibles embouteillages deviennent une fatalité et les usagers captifs des transports en commun se retrouvent les grands oubliés de l’équation.
* L’utilisation du terme « importance » en parlant d’humains ne devrait pas avoir lieu. Chaque humain est aussi important qu’un autre. C’est d’ailleurs un grand paradoxe de la démocratie moderne, où les peuples deviennent moins importants que ceux qu’ils nomment à la gestion de leurs États.